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Du cercle polaire au Rafale : Le son en conditions extrêmes. Rencontre avec Jo Musialski

Comment te présenterais-tu aujourd’hui ?

Je m’appelle Jonathan Musialski, ingénieur du son depuis 2012. J’ai eu la chance de travailler sur des projets très variés : concerts live, documentaires, sport automobile, théâtre , ainsi que de nombreuses productions YouTube. Ce qui me motive le plus, ce sont les projets atypiques, les contextes techniques complexes qui demandent une vraie capacité d’adaptation. Bien sûr, les tournages plus classiques m’intéressent aussi, mais j’ai toujours eu un faible pour le côté « bourbier » (sourire).

Comment as-tu commencé dans le son ?

La musique a toujours fait partie de ma vie. Enfant, ma mère me faisait écouter de la musique tzigane, Jean-Michel Jarre ou encore Pink Floyd. J’ai étudié la guitare classique pendant dix ans, même si je rêvais déjà de rock. Au lycée, malgré un bac S, je passais mon temps à faire de la musique. Après le bac, j’ai essayé la fac de biologie, mais ça n’a pas duré (rire). Le vrai déclic est venu d’une annonce de DC Audiovisuel pour un poste en alternance. J’ai alors postulé à l’EMC, et trouvé une alternance dans un cabaret transformiste parisien, L’Artishow. Là, j’ai tout appris : son, lumière, régie… et même la plonge l’été pour financer mes études. Malgré un dossier pas incroyable (rire) L’EMC m’a accepté pour un an, ce qui était un vrai soulagement car mes parents ne pouvaient pas payer une école privée. L’alternance a tout changé. J’ai commencé par la production musicale, découvert Cubase, Pro Tools, le vocabulaire professionnel… J’ai terminé l’année avec d’excellents résultats et pu rejoindre la section technique. C’est à ce moment que j’ai signé chez DCA et rencontré Josselin NALTET, qui a joué un rôle clé dans mon parcours. Grâce à lui, j’ai gagné en rigueur et découvert l’univers du son de tournage, bien loin de mes débuts en studio.

DC Audiovisuel

Chez DCA, tout a pris sens. Des notions jusque-là abstraites – alimentation, puissance, impédance – devenaient soudain concrètes et utiles sur le terrain. Ça a été un vrai déclic. Et puis il y avait Josselin NALTET, qui m’a donné ma chance malgré mon dossier un peu fragile. Très vite, il est devenu bien plus qu’un responsable : un mentor. Depuis 2012, il m’accompagne, me conseille, presque comme un manager. Sa vision et sa capacité d’anticipation ont marqué ma trajectoire en profondeur.

Je me souviens parfaitement de mes débuts. J’ai commencé « à la cave », persuadé que je ne tiendrais pas trois mois… et j’y suis resté près de dix ans. L’ambiance était unique : micros en test, racks de matériel partout. Je passais mes journées à préparer des configs, accompagner les ingénieurs, comparer du matériel. Josselin me lançait des exercices : « Voilà un Cantar, quatre micros… écoute et juge. » C’est ainsi que j’ai découvert les micros DPA, notamment le 4060, dont la clarté et la précision m’ont marqué. Ces ateliers m’ont forgé l’oreille et transformé la théorie en pratique vivante.

Et ça ne s’arrêtait jamais. Moi, je restais même le soir pour tester des préamplis de 552, de 664… Je me disais : « Ah ouais, maintenant on peut enregistrer sur une carte SD ! » À l’époque, les Cantar tournaient encore sur des DVD qu’on devait graver pour faire des tests. Ensuite, il y a eu la modif des cartes flash… C’était vraiment comme Pokémon : à chaque fois une nouvelle génération, plus stylée, avec de nouvelles attaques (rires). Et je me disais : « Mais j’adore ça ». Autant le côté matériel que le côté écoute, c’était incroyablement stimulant.

JO MUSIALSKI @ DC AUDIOVISUEL

Cette approche m’a forgé : chaque test, chaque nouveauté était un défi, un apprentissage. Je n’avais même pas l’impression de travailler tellement j’étais passionné. À la fin de ma première année, Josselin m’a proposé un choix : continuer une formation diplômante, ou signer un CDI comme préparateur. Pour moi, la réponse était évidente : je voulais rester sur le terrain. Ce poste m’a fait grandir à tous les niveaux, et même au-delà du son : Jocelyn m’a transmis sa passion pour la moto, qui est devenue la mienne. Ce lien mentor-élève a été décisif dans mon parcours.

Chez DCA, j’avais eu la chance de participer à des projets incroyables. L’un des plus marquants reste les missions Gombessa : on installait des micros partout pour les expéditions sous-marines de Laurent Ballesta. Pour moi, c’était un rêve d’enfant. J’ai même croisé Yves Omer, l’un des premiers plongeurs en scaphandre de Cousteau. Tout se reliait. Je me disais : « Avec le son, si tu creuses, tu as accès à un univers culturel immense. »

Chaque projet était un défi : est-ce que le micro allait tenir ? Est-ce qu’il résiste à 15 bars de pression ? Est-ce qu’il marche sous 12 volts ? J’adorais ça : chercher des solutions face à chaque contrainte. Bien sûr, il y avait aussi des films institutionnels et des petits docs. Moins spectaculaires, mais tout aussi intéressants, parce que chaque sujet était différent.

Et il fallait être efficace tout de suite. Parfois il y avait des boulettes (rires), mais on apprenait en testant, souvent dans des contextes où la pression était moindre. Jocelyn répétait toujours : « Prépare ton matériel comme si c’était toi qui allais l’exploiter. » Ça peut sembler banal, mais encore aujourd’hui, je me répète cette phrase à chaque préparation.

Cette méthodologie, je l’ai gardée : rester curieux, anticiper, avoir un plan B… toujours. Mais après dix ans, j’avais besoin d’un nouveau souffle. J’avais atteint un niveau que je n’avais pas imaginé, et je voulais aller plus loin.

 

AREITEC

Après dix ans, j’ai quitté DCA pour rejoindre Areitec. Pourquoi ? Parce que je voulais manipuler du matériel que je n’avais pas encore eu entre les mains, approfondir la réparation et la maintenance. Chez DCA, c’était possible aussi, mais moi je voulais m’y plonger à fond, toucher à la vente, rencontrer d’autres clients, découvrir ce qui se faisait ailleurs. J’avais besoin de voir autre chose, d’élargir mon horizon.

C’est à ce moment-là que j’ai été approché pour enregistrer des voitures de sport. Pour moi qui suis passionné de GT3 et de Formule 1, c’était énorme. Petit, je rêvais déjà de ça, mais c’est un milieu cher et difficile d’accès. Et là, on me propose d’enregistrer une GT40, pile au moment où Le Mans 66 venait de sortir. Tout le monde parlait de cette voiture mythique.

JO MUSIALSKI DPA AUTOMOBILE

Le milieu Automobile

J’ai découvert l’univers automobile à Almería avec une voiture mythique : la GT40. Le crew m’a accueilli à bras ouverts, notamment une équipe de mécanos belges. C’est là que j’ai rencontré Nicolas PLAS de Motorsport International, passionné de rallye depuis toujours, qui m’expliquait : « Ça, c’est le moteur, ça, c’est le carburateur… » Pendant que lui avait la tête dans la mécanique, moi j’arrivais avec mes micros minuscules. Il me lançait : « C’est tout petit ton truc ! » (rires), et je lui répondais : « Ne t’inquiète pas, ça capte très bien. »

Le vrai défi, c’était d’enregistrer un moteur qui rugissait à 110 dB sans cramer les capsules. J’avais déjà vu des micros griller sur des collecteurs, alors j’ai choisi une approche différente : placer une DPA 4062 à l’entrée des carburateurs. Le jour J, quand la GT40 a démarré, j’ai entendu un monstre. À dix mètres, mes oreilles saturaient déjà. Nico, lui, réglait les soupapes à l’oreille, en posant un tournevis contre la culasse pour sentir les vibrations (rires). C’était impressionnant.

JO MUSIALSKI DPA AUTOMOBILE 2

 J’ai ensuite pu tester différents micros sur plusieurs voitures, dont une Porsche 911 carrera RS avec flat-six au son unique. Là, j’ai vraiment compris la différence entre un V6, un V8 ou un V10, pas seulement en théorie, mais dans le ressenti sonore. Avec l’écurie, on a couvert aussi plusieurs courses. Chaque fois, l’accueil était pro et respectueux. Et ça faisait du bien d’être considéré comme un vrai ingénieur du son, dans un milieu où on entend trop souvent que « le son est le parent pauvre de l’audiovisuel. »

 

L’indépendance

Après mes expériences chez DCA et Aretec, puis l’aventure automobile avec l’écurie et la GT40, j’ai compris que je voulais aller plus loin. J’avais testé des configurations extrêmes, capté des détails sonores que personne n’imaginait, et je voyais déjà le potentiel du son comme élément central de la narration. C’est à ce moment que l’idée de devenir indépendant s’est imposée : mettre mes compétences au service de projets plus variés, sortir du rôle de préparateur pour devenir acteur à part entière des prises de son. Grâce aux contacts gardés via DCA, j’ai été très vite sollicité par des équipes YouTube et par Canal+, qui cherchaient à professionnaliser leur approche de l’audio. C’était le bon moment pour franchir le pas et me lancer en intermittent.

 

JACOB COLLIER X AURORA en Arctique

  • Voir maintenant

Parmi toutes mes aventures en tant qu’indépendant, il y en a une qui restera gravée : enregistrer Jacob Collier en live… au pied d’un iceberg. À l’époque où je bossais encore chez DCA, j’écoutais sa musique en boucle pendant mes prépas. Mes collègues me charriaient : « Encore du Jacob Collier ! » (rires). J’étais fasciné par son approche, sa créativité, sa manière de repousser les limites du son et de l’harmonie. Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour, je me retrouverais à bosser directement sur l’un de ses projets. Et puis un jour, Alban Lejeune m’appelle. Il avait déjà enregistré Jacob pour les Take Away Shows, l’équipe avait adoré le résultat. Là, il me dit : « On remet ça, tu veux venir ? » Évidemment, j’ai dit oui. La boucle était bouclée.

150 kg de matériel en Arctique

On est partis à deux avec 150 kilos de matos : des Schoeps, des DPA, les 4006 (ceux qu’on voit bien sur les vidéos), des 4060 pour le côté backstage, et même un 4099 fixé sur le pied du piano pour capter la pédale sustain. J’avais préparé un plan technique carré : micros fixes sur la barge, HF, deux enregistreurs pour sécuriser. Parce qu’une fois sur place, pas de plan de secours possible.

On nous avait annoncé qu’on serait à 100 mètres de la plateforme pétrolière… En arrivant, le capitaine nous sort : « Finalement, on reste à 4 km pour des raisons de sécurité. » Grosse claque. J’ai dû recalculer toutes les autonomies, revoir les batteries lithium, tout faire en mode mobile.

Alban était sur un Zodiac avec une 888 SL2 pour gérer les cravates et les micros voix. Moi, j’étais sur la barge avec les hydrophones, les 4006, les CMC1, tout enregistré sur un Scorpio. Entre chaque prise, je sautais dans un Zodiac pour vérifier que tout tenait. La première fois, j’étais carrément planqué derrière le piano pendant qu’Alban ecoutait la partie HF à cinquante mètres.

Le froid, l’iceberg et les imprévus 

Il faisait 1 °C. Heureusement un froid sec : pas de condensation, pas de micros qui gèlent. Mon obsession, c’était l’autonomie. Mais on a quand même eu des surprises : un marteau du piano avait gelé, et Jacob devait le réchauffer en soufflant dessus avant chaque prise !

Et puis il y a eu ce moment improbable : la plateforme était ancrée sur un iceberg… et entre deux prises, l’iceberg s’est retourné. On a tout enregistré, mais j’ai vite retiré les hydrophones : pas envie de les voir disparaître au fond (rires).

En patch, on avait deux 4060 sur Jacob et Aurora, trois hydrophones DPA, les 4006 en façade. Les hydrophones apportaient des détails incroyables : clapotis, craquements, parfois même des gros BOUM quand le glacier se fendait en profondeur. Ça vibrait dans toute la zone.

JO MUSIALSKI JACOB COLLIER AURORA

Une émotion brute

Alban faisait déjà un prémix en live avec les HF et les voix, donc on avait une base solide. Moi, je passais ma nuits à recalculer les autonomies : trois heures de sommeil max. Et puis un soir, il me fait écouter une prise quasi brute. J’en ai eu les larmes aux yeux. Les 4006 captaient tout : le souffle du vent, les résonances de la barge, les craquements de glace… même les hydrophones ajoutaient cette profondeur qu’on n’aurait jamais eue autrement.

Ce qui m’a marqué, c’est que le son était au centre. La vidéo attendait qu’on soit prêts avant de tourner. C’est rare, et ça change tout. Avec le bon micro au bon endroit, un gain propre et une EQ légère, tu fais des miracles.

Ce que j’en retiens

De ce projet, je retiens trois choses. D’abord, l’importance d’anticiper, toujours avoir un plan A, B, C. Ensuite, l’autonomie : tu dois connaître ton matos par cœur, savoir combien consomme chaque capsule, chaque HF, chaque enregistreur. Enfin, l’humilité : le terrain te rappelle toujours que tu ne contrôles pas tout.

Côté micros, les DPA 4060 et 4006 m’ont bluffé encore une fois. Fiables, précis, hyper naturels. Mais au final, le secret reste le placement : le meilleur micro du monde ne donnera rien s’il est mal placé. Avec un bon placement et une EQ soignée, tu peux tout capter, même la magie d’un concert au milieu des icebergs.

Au final, le secret reste le placement

 

CHARLES LECLERC dans un Rafale (Doc Canal+)

  • Voir le documentaire

La demande

Je me souviens encore du moment précis : j’étais sur le bateau de Greenpeace pour l’enregistrement d’AURORA et de Jacob Collier et je reçois un coup de fil. C’était Amandine Morhaim, rédactrice en chef sport chez Canal+, que je connaissais de nom pour ses documentaires (Bleu, Blanc, Vite notamment). Elle me dit : « On veut enregistrer Charles Leclerc dans un Rafale. Ça te dit ? » Dans ma tête, c’était : « Non, c’est pas possible ! » (rires). Mais évidemment, ma réponse a été un grand « Oui ». Trop énorme pour refuser.

Une préparation millimétrée

Très vite, on entre dans le concret. Amandine m’envoie des photos du casque, on échange sur les configs possibles, où placer les micros, comment gérer les communications, combien de vols il y aurait. C’était un projet à enjeux énormes : impossible de se louper. Pas question de demander un deuxième vol à Charles Leclerc pour refaire une prise (rires).

 Heureusement, Canal+ et l’armée de l’air m’ont laissé le temps de repérer, de démonter les casques avec eux, de tester. L’idée, c’était de placer une DPA 4061 directement dans l’oreillette du casque, pour être au plus près de la voix, tout en respectant l’étanchéité du masque à oxygène. On a vite vu que c’était impossible à cause de l’herméticité vitale du système, mais j’ai pu mettre des 4061 dans les bonnettes pour capter les communications, et compléter avec des 4060 portés par Charles et son pilote pour les moments off, avant et après le vol.

JO MUSIALSKI CHARLES LECLERC

Sécurité et rigueur militaire

L’armée était hyper stricte, forcément. Zones interdites, timings serrés… mais en même temps super coopérative. À chaque fois que je demandais « Est-ce que je peux placer un micro ici ? », ils démontaient le casque devant moi pour qu’on regarde ensemble. Une vraie collaboration. On a profité d’un exercice militaire réel : ce n’était pas un vol organisé spécialement pour Charles. Nous étions installés dans un avion ravitailleur, celui qui alimente les Rafale en vol. Imaginez : je suis à côté de la baie qui s’ouvre, et là… un Rafale arrive pour se ravitailler, juste devant nous. Un spectacle incroyable, et moi avec ma petite mais efficace 888 vissée aux oreilles, en train d’écouter Charles et son pilote en temps réel.

Captation en conditions extrêmes

Chaque pilote avait deux émetteurs HF (Wisycom) pour sécuriser la captation. Mon obsession, c’était l’autonomie et la fiabilité de la connectique Lemo : il fallait que ça tienne sur toute la durée des vols, annoncés à 3-4 heures (peut-être un peu plus, mais chut). Le stress montait en voyant le chrono défiler, mais tout a parfaitement tenu.
Le patch était clair :

J’avais aussi une perche MS pour les ambiances dans le ravitailleur, et même demandé à enregistrer derrière un Rafale lorsqu’il poussait les gaz. Résultat : une bouffée de kérosène en pleine figure qui m’a brûlé les poumons (rires), mais j’ai eu mon son.

JO MUSIALSKI RAFALE VOL DPA MICROPHONES CANAL + CHARLES LECLERC

Le one-shot parfait

Deux vols étaient prévus. Le premier, c’était l’inconnu total : tension maximale, zéro droit à l’erreur. Le soir, à l’hôtel, j’ai sécurisé immédiatement toutes les données, fait mes backups, calé le timecode dans Studio One… et là, soulagement : tout y était. Décollages, communications, ambiances, tout nickel. Le deuxième vol, j’étais plus détendu : je savais que le setup tenait. On m’a même autorisé à me placer dans le cockpit au moment du décollage, pour capter encore plus de matière. Franchement, c’était un des projets les plus fous de ma vie : tout y était – la technique, l’automobile, l’aéronautique, l’aventure.

Résultat et souvenirs

Le documentaire est sorti sur Canal+ sous le nom Charles Leclerc Supersonique, et il est dispo sur YouTube. Les retours ont été incroyables. Moi, ce que je retiens, c’est surtout la rigueur et la collaboration : l’armée qui démonte les casques avec moi pour optimiser le placement des micros, Charles qui arrive rincé d’un Grand Prix mais qui retient chaque détail du briefing, puis prend les commandes du Rafale avec une précision hallucinante. Une vraie machine de guerre, ce gars-là. Et sur le plan technique, j’ai appris une fois de plus que la clé, c’est la sécurisation : double HF, patch clair, anticipation de l’autonomie, plans A et B prêts à basculer. Au final, tout a tenu, et on a capté un moment historique. Pour moi, c’était une expérience unique, à la croisée de toutes mes passions.

 

Youtube

JO MUSIALSKI YOUTUBE JOYCA MASTU

Comment es-tu arrivé dans l’univers des productions audiovisuelles ?

Je me bats souvent contre cette idée que le son serait secondaire. Pour moi, c’est l’inverse : sans son clair, l’image s’effondre. Tu peux avoir la meilleure caméra 8K du monde, si tu n’entends pas ce qui se dit, l’édito est mort. Sur YouTube, c’est flagrant : dans un jeu ou un défi, si tu ne comprends pas la réplique d’un talent ou le moment où il trouve un indice, tu perds complètement le fil. Alors oui, je veux remettre le son au cœur de l’expérience audiovisuelle. Une prise, ce n’est pas juste « un beau son » : c’est ce qui soutient la narration.

Ses premiers pas avec YouTube

Au départ, c’est grâce à mes contacts que je suis entré dans ce milieu. On m’appelle pour un projet dans un château – Meurtre au Château – puis pour d’autres tournages avec Sacha, Marcelinz, Maghla, Natoo, Raska… J’ai rapidement compris que, sur YouTube, le son est aussi une question d’édito. On a besoin d’entendre clairement ce qui se dit pour guider l’histoire, vérifier que les règles sont respectées, que les indices sont trouvés. Sur ces tournages, j’assure non seulement la captation, mais aussi le déploiement complet des HF. Les équipes sont réduites – 2, 3, parfois 4 personnes au son – mais les besoins sont immenses. On équipe tous les talents, parfois en double, on gère les antennes, les timings, et on doit tout faire tenir sans coupure.

Le règne du HF et des intercoms

Aujourd’hui, des systèmes comme le Boléro sont devenus standards. Je les utilise aussi bien pour les cadreurs que pour les talents. Le réalisateur peut ainsi choisir précisément qui écouter, même si 16 personnes parlent en même temps. Et moi, j’intègre ça dans des configs Dante, pour que tout soit fluide. L’idée, c’est de simplifier la vie de tout le monde : le réal est plus à l’aise, et moi aussi. Parfois, on est sur des plateaux avec 10 HF en simultané, lumière et sons envoyés en live, synchronisés. Je travaille main dans la main avec les équipes lumière pour que les déclenchements soient automatiques : un signal MIDI, et la lumière et le son partent ensemble. J’ai conçu mes configs comme des blocs modulaires : tu tires un RJ45, et tu as tout – oreillettes, envois son, monitoring.

Des défis permanents

Chaque projet est un défi. Parfois, on a 10 talents à équiper dans un décor fermé, et il faut s’assurer que les antennes passent, que les oreillettes tiennent, que rien ne frotte au mauvais moment. Moi, j’aime bien équiper en DPA 4060, souvent avec des plaques DMM21, parce que les créateurs bougent énormément. Avec la relation de confiance qu’on a construite, ils me préviennent directement s’il y a un souci. Je n’étais pas chef son sur le tout premier Meurtre au Château, mais après, j’ai pris le lead. Mon premier vrai projet en lead, je crois que c’était un Squeezie, peut-être Qui est le plus ? ou Chantal. Là, la pression est énorme : tout doit être synchro, tout doit marcher du premier coup. Mais c’est ça qui est excitant : on se rapproche des standards télé, sauf qu’on doit aller beaucoup plus vite, avec des équipes jeunes, hyper créatives.

L’explosion de la création

Ce que j’adore dans YouTube, c’est le dynamisme. Les pros de l’audiovisuel sont parfois persuadés que certaines vidéos ont été tournées en studio… alors que non, c’est bien du vrai son, pris sur le terrain. Et ça me fait sourire : c’est ça, la magie. Avec les budgets qui restent serrés mais une créativité qui explose, tu dois être réactif, polyvalent, et prêt à improviser. Aujourd’hui, je bosse avec plusieurs créateurs – Squeezie bien sûr, mais aussi plein d’autres – et ce que je retiens, c’est surtout l’aspect humain. Tu débarques avec ton matériel, mais tu dois surtout être à l’écoute de l’équipe, comprendre leurs besoins, anticiper. Au final, ce n’est pas seulement « prendre le son » : c’est proposer des solutions, fluidifier la narration, simplifier la technique pour que tout le monde soit concentré sur le contenu.

Une philosophie héritée de ses débuts

Depuis DCA, j’ai toujours eu ce réflexe : « Et si on pouvait faire mieux ? » Aujourd’hui, je le mets en œuvre. Pas pour en rajouter, mais parce que ça me passionne. Et ça change tout : le réal est plus détendu, l’équipe gagne du temps, et moi je peux me concentrer sur ce que j’aime vraiment – capturer un son clair, naturel, qui soutient l’histoire. Et puis, il y a les micros. Franchement, les DPA, je les embarque partout, même sur YouTube. Sous un pull, en ambiance, en oreillette… Ils ne m’ont jamais lâché. Tu les mets dans l’eau, tu les fais sécher, et ça repart. Certains disent même qu’ils marchent sur Mars (rires).

CONCLUSION :

En conclusion, je tiens simplement à dire merci : merci de m’avoir accueilli, merci de suivre ces aventures parfois un peu folles, et merci à ceux qui prennent toujours le temps de répondre à mes questions, même les plus techniques ! Et concernant le matériel : honnêtement, je n’ai jamais vu un micro qui ne tienne pas le coup. Ils vont dans l’eau, on les sèche et ça repart ; apparemment, ils marcheraient même sur Mars (rires). Aujourd’hui, j’en utilise encore beaucoup sur YouTube : sous les gros pulls, un petit 2017 ou un 4006 placé en ambiance, un bon gain, un léger ajustement dans le bas… et c’est directement exploitable sans retouches lourdes derrière. C’est ce que j’adore : la fiabilité et la simplicité d’utilisation. Trop bien, merci encore !

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